
Pascal Bauer, designer français
Pascal Bauer, designer français à qui on doit, entre autre,
le WOK et SURVIE , n’a pas sa langue dans sa poche.
Engagé et écolo, il nous fait part de son point de vue
… et on adore !o
Mon parcours
Dés l’enfance, 7 à 8 ans, je fus très obstiné dans la perception des matériaux. Explorant en douce des chantiers de construction, j’y empruntai plâtre, ciment, bois, carrelage et autre, pour en faire des expériences plus ou moins sculpturales, sans vraiment comprendre mes gestes, initiant ainsi un comportement qui ne m’a jamais quitté. A onze ans, j’achetais mon premier poste à souder à l’arc et découvrais l’empire de la récupération des métaux. Je réparais l’ennui d’une scolarité vacillante dans cet auto apprentissage des techniques les plus diverses, sans oublier celles de la peinture.
Je sortis assez jeune de l’enfer de l’échec scolaire, pour rentrer aux Arts Décoratifs de Paris ; fortuitement rattrapé par cette institution alors même que je n’avais pas conscience que l’on puisse faire des études d’art.
Mon habitude autodidacte et ma méfiance envers le système éducatif, me rendant sensiblement réfractaire au discours des enseignants, je me concentrais sur l’exploitation systématique des moyens techniques exceptionnels, mis à la libre disposition des étudiants dans ce genre d’école, et oubliais pendant ce temps d’approfondir suffisamment ma culture artistique.
En sortant des Arts Décoratifs, ne sachant comment faire vivre mon travail, j’ai réalisé les choses moi-même. Je me suis retrouvé de fait mon propre éditeur, ce que je ne conseille à personne.
Cette aventure, pleine d’apprentissage en tout genre, fut couronnée d’un certain succès et fit de moi en huit ans, un esclave en gestion de production. Je virais ma cuti brutalement au bout de ces huit ans, pour me concentrer sur ma production artistique et la création en design de façon alternée.
Une première phase parsemée de projets commerciaux et institutionnels aboutit à quelques éditions intéressantes en Italie, et à la reconnaissance de quelques unes de mes pièces, acquises par le Fond National d’Art Contemporain ou le Guggenheim de New York. Je poursuis aujourd’hui mes expérimentations en les poussant également vers l’architecture.

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Mes inspirations
Si l’on considère que les influences les plus marquantes s’organisent avant vingt ans, mon enrichissement a plus trait à la littérature, au cinéma, à la musique, que à l’art pictural, cultural ou architectural à proprement parler.
Ainsi pour moi Kafka, Yourcenar, Tournier, Zappa, Wagner, Kubrick ou Fellini comptent plus que Duchamp, Bonard ou Delacroix. Et si j’arrive aujourd’hui à mettre un nom sur des souvenirs artistiques fugaces d’enfant, je dois plus à la rigueur de ces écrivains capables d’observer et de définir de nouvelles (et contemporaines) mythologies ; à ces compositeurs manipulateurs suicidaires d’emphase qui ne s’y sont jamais laissé prendre.
Plus tard, j’ai reconnu chez Achille Castiglioni, Jean Prouvé des attitudes auxquelles je m’identifie, et j’aurai sans doute gagné du temps à les rencontrer plus tôt. Ce ne fut pas le cas et je n’ai ainsi pas de dévotions particulières à revendiquer dans le domaine du design, si ce n’est celle d’une époque à laquelle j’appartiens.

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Le rôle que jouent les matériaux
Les matériaux ne sont qu’un moyen. Ils ne sont que rarement déclencheurs. Ils sont les vecteurs de l’expression d’un concept ou d’une image. Ils sont la solution naturelle d’une existence ou la résolution acrobatique d’un impossible.
Ma définition du design
L’importance que l’on donne au design depuis vingt ans est d’abord un mauvais signe.Celui d’une époque particulièrement matérialiste qui érige la conception de l’objet comme une oeuvre d’art, pour preuve l’entrée du design dans les institutions d’art contemporain.
Si l’art a le devoir de se renouveler, ce devoir le situe dans l’avant garde d’une époque. Complexe à définir car, ayant bouleversé les codes du langage et ce dont il parle, il ne peut aboutir instantanément à une consommation de masse,
même sur le plan médiatique. La raison propre au design est de coller à son époque pour rentrer dans la dimension de la consommation, même lorsque ce n’est que médiatique. Et de fait, c’est le cas, puisque les pièces les plus difficiles sont de natures à êtres publiées dans les médias grand public, à titre de curiosité. Cette forme de confusion nous entraîne vers une expression tape à l’oeil, elle présente des intentions et raisonnements souvent bancales dans un domaine qui semble être le seul à proscrire l’esprit critique. Lorsque l’on parle autant de design que de littérature ou de cinéma, y a-t-il un seul support s’adonnant à une critique aussi libre que celle que l’on donne à ces autres expressions ?!
Dans la foison de discours écologiques, dans la foison d’éloquences sur la liberté, comment peut-on plébisciter un système de machine à café qui génère vingt fois plus de déchets et qui rend le client captif d’une marque. Comment peut-on accepter que nous soit présenté un appareil de filtration de l’air par les plantes, comme un sommet d’intelligence, alors que la plante
qu’il contient ferait le même effet planté dans un simple pot, sans consommation électrique.
Où est la cohérence dans la présentation d’une chaise dite de design « super normal » au sein d’une collection les plus élitistes qui soit. Nous sommes dans le système de l’argumentaire qui chasse réflexion, initiation, et intelligence. Les choses s’aggravent ces quelques dernières années avec le retour en force du décoratif.
Nous sommes dans une époque politiquement réactionnaire : peur de l’immigration, replis communautaires, lutte pour le pouvoir d’achat, angoisse sur les délocalisations. Nos revendications son mesquines, sans objets ou déplacées. Je mettrai ma main au feu que le décoratif soit une forme de parure rassurante de nos intérieurs, qui participe à ce repli égocentrique.
Ma définition du design ? ; Il y a quelques années, à ce genre de question je répondais : Un créatif c’est quelqu’un qui aime le vide et a qui le vide le lui rend bien » Dans cet aujourd’hui bruyant je rajouterais :« une calme recherche de cohérence ».
Cela n’exclut pas un positionnement radical, ce n’est le refus d’aucune extrémité si ce n’est celle que les mots qui l’accompagnent soient infondés.

Table Survie édition 2009
Pascal Bauer
Juin 2008
Designer
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